Elections Américaines 2020 : la campagne hors normes "Donald Trump vs Joe Biden"

Mis à jour : nov. 5

Le 9 novembre 2016, Donald Trump devenait le quarante-cinquième président des Etats-Unis, suite à sa victoire surprise face à la candidate démocrate Hillary Clinton. Quatre années plus tard, que va nous réserver l’opposition entre le démocrate Joe Biden et le républicain Donald Trump ?

« It’s time for us to come together as one united people » (Il est temps pour nous de devenir, ensemble, un peuple uni) - Donald Trump, après son élection face à Hillary Clinton

Si beaucoup d’observateurs déplorent un pays en état de déliquescence sociale suite à la politique menée par Trump depuis 2016, cette opposition n’a pas empêché le candidat à sa propre succession d'espérer à nouveau rafler la mise. Cette fois-ci c’est Joe Biden, vice-président des Etats-Unis de Barack Obama, donné vainqueur dans les « swing states » (Etats clés) qui se dresse face à lui. Il serait toutefois prudent de garder une certaine réserve vis-à-vis des sondages, pouvant s’avérer être de faux indices, comme ce fut le cas pour les dernières élections américaines de 2016.

A l’approche imminente d’un résultat qui fera sans doute couler beaucoup d’encre, retour sur les faits marquants et insolites de ces derniers mois de campagne au pays de l’oncle Sam.



La campagne de tous les records

L’argent serait-il la clé de la réussite ? En observant de plus près les montants dépensés lors de cette campagne américaine de 2020, il y a de quoi rester bouche bée : en effet, ce sont 10,8 milliards de dollars qui furent dépensés au cours d’une campagne inédite ! Ironie du sort ? Ce ne sont ni Donald Trump, ni Joe Biden qui furent les plus dépensiers, mais le candidat Michael Bloomberg qui, sur un nuage de dollars, avait promis, il y a encore quelques mois, de tabler sur sa fortune pour faire chuter l’actuel président américain. Un échec cuisant pour le multimilliardaire Bloomberg qui fut devancé par Biden lors des primaires démocrates. Le duel Trump-Biden restera dans les mémoires de par ses joutes verbales virulentes, parfois à la limite de l’indigestion. Si le second débat entre les deux candidats fut légèrement plus apaisé que le premier, le duel initial fut ponctué d’insultes indécentes. Une cacophonie sans précédent entre les deux hommes qui, aux yeux d’un bon nombre d’observateurs, ont proposé un échange chaotique et dénué de sens, plutôt qu’un véritable débat, pourtant attendu. Leur second débat à Nashville, le 22 octobre 2020, a rendu une copie bien plus correcte, proposant un échange de meilleure tenue, comportant moins de mépris et d’injures. Des injures qui, bien qu’ayant été finalement restreintes sur les plateaux télé, furent plus largement échangées sur les réseaux sociaux.

Début octobre, au cœur d’une campagne déjà rocambolesque, le président Trump attaquait sans réserve son rival sur Twitter, déformant le slogan du candidat démocrate « Biden for President » en « Biden for Resident ». le tout agrémenté d’un photo-montage affichant la tête de Joe Biden parmi les pensionnaires d’une maison de retraite. Trump y voyait ainsi une opportunité idéale d’entretenir une image sénile de Biden, qu’il qualifie sans relâche de « Sleepy Joe ».

Des propos plutôt cocasses lorsque l’on sait que les deux hommes ont respectivement 74 et 77 ans, ce qui souligne leur faible différence d’âge...


Par ailleurs, la présence du démocrate Biden sur les réseaux sociaux, souvent moins houleuse et atypique que celle du Président sortant, a pu bénéficier du précieux soutien de Tara McGowan, ancienne journaliste. Au moyen de son association Acronym, elle a œuvré en faveur de Joe Biden, l’aidant à rallier les voix d’une nouvelle cible à sa cause, au cœur d’une guerre numérique menée face à Trump.



Quand la pandémie de Coronavirus verse de l’huile sur le feu


De fil en aiguille, la crise sanitaire du coronavirus endurée par le monde entier a eu le don d’exacerber les tensions entre les deux candidats. Là encore, leurs points de vue divergeaient : à l’instar de la certitude de Donald Trump, lequel affirmait que la pandémie serait de courte durée, Joe Biden s’est plutôt concentré sur la dangerosité et l'imprévisibilité du virus.

En outre, à l’instant même où le président a été testé positif au coronavirus, des soupçons ont immédiatement émergé dans le camp démocrate. Beaucoup se sont prêtés à penser qu’il s’agissait d’une stratégie de campagne, et donc d’un mensonge, ayant pour objectif de permettre à Trump d’esquiver le second débat. Bien que le doute soit naturellement permis, cela n’a pas empêché certaines thèses douteuses, frisant le complotisme, émises par une partie non-négligeable du monde journalistique et politique américain et leurs corollaires européens. Lesquels ont longuement ruminé sur la situation du président américain qui, encore quelques mois plus tôt, affirmait haut et fort se prévenir d’une infection au COVID19 au moyen de la chloroquine. Dans ce capharnaüm ambiant, certains observateurs ont finalement conclu que la crise sanitaire a été favorable à Biden dans sa concurrence face au président sortant, lui permettant notamment d’annoncer des mesures de taille, à rebours d’un Président sortant permissif sur la question. Récemment, celui qui fut soutenu par Barack Obama durant sa campagne a même fait la promesse d’un vaccin gratuit pour tous en cas de victoire aux élections.



Démesure ou réalité ?


Les deux candidats oscillent chacun entre ces deux bords. On ne se rappelle que trop bien la mise en scène médiatique du retour de Donald Trump, suite à sa guérison au coronavirus. Clip vidéo héroïque au sein duquel l’intéressé descend fièrement d’un hélicoptère, avant de gravir une à une les marches menant au balcon de la Maison Blanche.

Cet élan se voulant patriotique, venait illustrer la curieuse façon dont un drame sanitaire peut sublimer avec brio la communication d’un candidat, ayant profondément compris l’imaginaire collectif américain, rimant entre l’adoration de la figure du sauveur et du super héros invincible. En enlevant son masque avec orgueil, le président américain affichait son immunité, faisant presque oublier à sa population que les Etats-Unis restent l’un des pays les plus endeuillés au monde des suites des conséquences de la pandémie. Mais pour le Président américain... « show must go on » !



Des problématiques multiples


Au chapitre des sujets majeurs ayant défrayé la chronique, rappelons en toute objectivité que certaines initiatives prises par Donald Trump durant son mandat n’ont pas toujours rencontré le désaccord des américains.

En premier lieu, le Président sortant s’était aligné avec la volonté viscérale des Républicains de supprimer l’Obamacare, jugé par eux comme profondément inégalitaire. Une volonté lourdement décriée par Joe Biden, qui accusa Trump d’avoir installé la conservatrice Amy Coney Barrett au poste de juge à la Cour Suprême dans le seul but de supprimer l’assurance-santé instaurée par Obama. Pourtant, lorsque l’on y regarde de plus près, l’Obamacare ne semble jamais avoir fait l’unanimité. En 2013 déjà, une étude de l’OBS démontrait que 40% de la population américaine s’y opposait, déplorant notamment l’idée qu’elle puisse être forcée à se protéger.

A cette problématique économique s’ajoute celle de la question raciale. A n’en pas douter, l’électorat afro-américain va jouer un rôle prépondérant dans le déroulement du scrutin électoral. En juin dernier, l’actuel président des Etats-Unis l’avait bien compris en défiant ostensiblement son rival sur ce sujet en déclarant : « J’ai fait plus pour la communauté noire en 4 ans que Biden en 47 ans ».

Parallèlement, Trump sait qu’il bénéficie du large soutien des communautés blanches, qui auraient retrouvé la fierté d’une Amérique plus traditionnelle et isolationniste sous le mandat de leur président élu en 2016. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Trump, pleinement reconnu par l’Amérique blanche, dispose également du soutien d’activistes noirs militants comme “Black Voices for Trump” ou “Black Conservative Movement”, ainsi que d’une partie de la population noire-américaine.

Bien que les médias aient souvent tendance à mettre davantage en relief les déboires de Trump plutôt que ceux de son adversaire, Biden n’est pas non plus en reste en matière de situations délicates. A travers des propos incompris et controversés proférés en mars dernier, à l’égard de la communauté afro-américaine comme « contrairement à la communauté afro-américaine, la communauté hispanique est une communauté incroyablement diverse », Joe Biden a allumé un feu dont il se serait bien passé. Cela finira-t-il par lui attirer les foudres de certaines communautés ? Et comme un malheur n’arrive jamais seul, cette maladresse vient s’ajouter à l’imbroglio autour de l’accusation de corruption portée à l’encontre de Hunter Biden, le fils du candidat démocrate, dans des activités au sein d’une entreprise ukrainienne, en plus du scandale de corruption dans l’affaire des emails récupérés par le New York Post.

A quelques heures du dénouement d’une campagne américaine haute en couleur, l'issue reste encore indécise, en dépit de sondages présageant du contraire. Les plus curieux pourront s’orienter vers la série « Le vote, en bref » disponible sur Netflix, pour se documenter avec minutie sur le système électoral américain.


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Par Rayane Beyly



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